Notre ombre cache parfois ce que nous avons de meilleur
- Maryline Bazin
- il y a 5 jours
- 4 min de lecture
" Ce que nous avons mis à distance contient aussi des parts précieuses. "
L'ombre est parfois bien utile.
Nous avons pu le vérifier cet été ;)
Mais quand on parle de « travailler sur son ombre », l'image devient tout de suite moins séduisante. On imagine qu'il va falloir aller regarder nos défauts, nos parts honteuses, celles que nous préférerions ne pas voir. Bref, tout ce que nous avons soigneusement rangé dans la catégorie « pas très glorieux ».
Et il ne faudrait pas faire semblant : certaines de nos parts, nous les considérons réellement comme mauvaises.
Nous pouvons être envieux, colériques, égoïstes, jaloux, dominateurs, lâches, manipulateurs… Nous avons tous des comportements ou des tendances que nous préférons ne pas reconnaître comme faisant partie de nous.
Alors nous les repoussons. Nous les cachons. Nous essayons parfois même de nous convaincre qu’elles ne nous ressemblent pas.
C’est une manière de préserver l’image que nous avons de nous-mêmes : « Je ne suis pas comme ça. »
Et pourtant, regarder ces parts moins glorieuses est plus utile qu’on ne le pense. C’est un sujet sur lequel je reviendrai prochainement, car toutes nos parts méritent d’être regardées.
Pour l’heure, interrogeons-nous sur ces parts précieuses que nous avons, elles aussi, mises à distance.
I
Ce que nous ne nous autorisons pas à être
L’ombre ne contient pas que du sombre. Dans ce que nous avons appris à mettre à l’écart, il peut aussi y avoir des qualités que nous n’avons pas su, ou pas pu, développer pleinement.
Parce qu’elles dérangeaient, elles ne correspondaient pas à l’image que l’on attendait de nous, elles semblaient incompatibles avec notre environnement, parce qu’on nous a appris, parfois très tôt, qu’il valait mieux être discret, raisonnable, gentil, disponible, modeste ou performant.
Alors nous avons appris à nous adapter.
La personne qui prend beaucoup de place peut apprendre à devenir discrète.
Celle qui est spontanément ambitieuse peut apprendre à minimiser ses ambitions.
Celle qui aime être reconnue peut apprendre à faire comme si cela ne lui importait pas.
Celle qui est créative peut finir par se considérer comme quelqu’un de « pas très créatif ».
Celle qui a beaucoup d’énergie peut apprendre à la contenir.
Et celle qui aimerait simplement dire « non » peut devenir particulièrement douée pour dire « oui ».
Ce que nous avons mis dans l’ombre n’est donc pas nécessairement ce qu'il y a de moins flatteurs en nous.
Cela peut aussi être ce qui ne trouvait pas sa place dans le personnage que nous avions appris à jouer.

II
L’ombre comme révélateur
C’est peut-être là que le travail sur l’ombre devient intéressant.
Il ne s’agit pas de partir à la recherche de toutes nos parts sombres pour les transformer en gentilles petites parties bien acceptables.
Il s’agit plutôt de regarder ce que nous avons mis à distance. Et surtout de se demander pourquoi.
Pourquoi cette colère est-elle si difficile à reconnaître ?
Pourquoi est-ce si compliqué de montrer son ambition ?
Pourquoi prendre sa place provoque-t-il autant de malaise ?
Pourquoi avons-nous besoin de minimiser nos réussites ?
Pourquoi certaines envies nous semblent-elles immédiatement « égoïstes » ?
Pourquoi avons-nous parfois davantage de facilité à voir nos défauts que nos qualités ?
Ces questions peuvent faire apparaître quelque chose d’intéressant : nous ne nous construisons pas seulement avec ce que nous revendiquons comme étant « nous ».
Nous nous construisons aussi avec tout ce que nous avons appris à ne pas être.
Notre histoire, notre éducation, notre environnement social, nos relations, les rôles que nous avons occupés ont participé à cette sélection.
Certaines parties ont été encouragées, d’autres tolérées, d’autres encore mises au placard.
Et avec le temps, nous pouvons finir par oublier qu’elles existent.
III
Retrouver les morceaux laissés de côté

Travailler sur soi ne consiste donc pas uniquement à corriger ce qui ne fonctionne pas.
C’est aussi parfois
retrouver une capacité, une envie, une colère saine, une ambition, une créativité, une légèreté, une capacité à poser ses limites, une façon différente d’être en relation.
Et ce qui est intéressant, c’est que ces morceaux ne sont pas forcément à créer. Ils sont parfois déjà là.
Ils ont simplement été mis de côté suffisamment longtemps pour que nous ayons fini par croire qu’ils ne faisaient pas partie de nous.
C’est aussi pour cela que ce travail peut être déstabilisant parce qu’il ne conduit pas toujours à devenir « une meilleure version de soi ». Il conduit à devenir une version plus complète de soi.
IV
Une version plus complète, pas meilleure
Et c'est tant mieux !
Avec ce qui nous plaît, ce qui nous dérange, ce que nous assumons, ce que nous découvrons.
Et avec certaines contradictions que nous préférerions parfois résoudre plutôt que d’apprendre à vivre avec.
Alors peut-être que la question n’est finalement pas :
« Comment me débarrasser de mes parts d’ombre ? »
Mais plutôt :
« Qu’est-ce que j’ai laissé dans l’ombre, et qu’est-ce que cela pourrait changer si je lui redonnais une place ? »
Parce qu’à force de laisser des morceaux de soi de côté, il peut finir par manquer quelques pièces au puzzle.
Et si vous avez envie de retrouver certains de ces morceaux, je peux vous accompagner pour regarder où ils sont passés.
Promis, il ne sera pas nécessaire de retourner toute la maison.
Enfin… sauf si la pièce manquante est vraiment bien cachée.
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Pour poursuivre la réflexion sur la conscience de soi : développer sa conscience, ça sert à quoi ? Et pour revenir à l'article précédent : du changement individuel à la transformation collective.




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