Du changement individuel à la transformation collective
QUE SE PASSE T-IL LORSQUE NOS
CHANGEMENTS
INTERIEURS
ENTRENT
EN RELATIONS
AVEC LES AUTRES ?
Dans mes deux précédents articles, je me suis d'abord intéressée aux transformations des organisations et à cette question : que deviennent ces nouvelles façons de fonctionner lorsque le temps passe et que les personnes qui composent l'organisation restent, elles, avec leurs propres mécanismes ?
Puis je me suis intéressée au développement de la conscience : observer ce qui se passe en soi, mieux comprendre ses besoins, ses valeurs, ses limites, ses émotions et ses fonctionnements relationnels pour pouvoir, lorsque c'est nécessaire, choisir d'agir autrement.
Mais qu'est-ce que ces changements individuels produisent lorsqu'ils entrent en relation avec les autres ?
I
Comprendre n'est pas encore expérimenter
Dans mon propre parcours, je constate que j'apprends beaucoup plus facilement lorsque j'expérimente.
Comprendre un concept peut nous aider à mettre des mots sur ce que nous vivons. Mais tant que nous ne l'avons pas confronté à la réalité, nous ne savons pas toujours ce qu'il produit concrètement.
C'est dans l'expérience que nous découvrons ce qui fonctionne pour nous, ce qui ne fonctionne pas et ce que nous avons besoin d'ajuster.
C'est aussi là que je fais la différence entre intellectualiser quelque chose et l'intégrer réellement.
Je peux savoir qu'il est important de poser mes limites. Mais que se passe-t-il lorsque quelqu'un dépasse réellement l'une d'elles ? Est-ce que je sais la reconnaître ? Est-ce que j'arrive à la poser ? Est-ce que je culpabilise lorsque l'autre réagit ?
C'est dans cette situation concrète que je vais réellement apprendre quelque chose sur moi.

II
Ce que je transforme en moi transforme ma relation aux autres
Lorsque je connais mieux mes propres fonctionnements, je peux commencer à repérer ce qui se joue dans mes relations.
Je peux reconnaître ma colère sans être obligée d'agir immédiatement sous son influence. Je peux comprendre qu'une situation vient toucher chez moi un besoin de reconnaissance. Je peux voir qu'une réaction ne parle peut-être pas uniquement de ce qui est en train de se passer.
Cela ne signifie évidemment pas que je vais devenir calme et parfaitement consciente en toutes circonstances. Nous restons des êtres humains.
Mais cette connaissance de soi peut permettre de prendre un peu de recul, de poser une limite avant d'arriver au point de rupture, d'aborder un désaccord autrement ou simplement de ne pas prendre pour soi tout ce qui se passe dans une relation.
Le changement individuel commence alors à avoir un effet sur le collectif.
III

Reprendre une part de son pouvoir d'action
Nous attendons souvent que le changement vienne d'en haut.
Que les dirigeants changent leur manière de manager, que les entreprises changent leur organisation, que les institutions prennent de nouvelles décisions.
Ces niveaux ont évidemment leur rôle à jouer.
Mais nous avons aussi un espace d'action beaucoup plus proche : celui dans lequel nous vivons et travaillons chaque jour.
Une équipe peut expérimenter une autre manière de prendre ses décisions. Des collègues peuvent essayer une autre façon de gérer leurs désaccords. Un groupe peut chercher comment chacun peut prendre sa place sans prendre toute la place.
Ce sont parfois de petites choses. Mais elles permettent de tester concrètement d'autres façons de faire, plutôt que d'attendre que quelqu'un d'autre les mette en place.
C'est aussi cela, reprendre sa responsabilité : non pas tout prendre sur soi, mais reconnaître ce qui dépend de nous et agir là où nous avons réellement du pouvoir.
IV
Et si le changement était contagieux ?
Une personne qui change sa manière de fonctionner ne transforme évidemment pas tout son environnement.
Mais son changement devient visible.
Une autre manière d'écouter, de communiquer, de poser ses limites ou de traverser un conflit peut interpeller les personnes autour de soi. Elle peut leur donner envie de réfléchir à leur propre fonctionnement et, pourquoi pas, d'expérimenter autrement.
Une personne commence. Puis une autre.
Un fonctionnement différent peut alors progressivement devenir une expérience collective.
C'est ce qui m'intéresse dans cette idée de transformation : elle ne va pas uniquement de l'individu vers le collectif. Le mouvement peut aussi repartir du collectif vers l'individu.
Des individus plus conscients peuvent créer de nouvelles façons d'être ensemble, et ces nouvelles façons d'être ensemble peuvent permettre à d'autres personnes de développer à leur tour leur conscience.
« Le changement ne vient pas toujours d'en haut. Il commence parfois par une seule personne qui ose expérimenter autrement. »
Si vous passez beaucoup de temps à reprocher aux autres, à votre entreprise, à votre manager ou aux institutions que les choses ne fonctionnent pas comme elles devraient, peut-être est-il temps de regarder aussi ce qui dépend de vous.
Pas pour tout prendre sur vos épaules.
Mais pour vous demander : Qu'est-ce que je peux faire, moi, différemment ?
C'est peut-être là que commence votre capacité à mettre votre patte dans la manière dont vous travaillez, dont vous entrez en relation, dont vous participez au collectif.
Il n'est pas nécessaire d'attendre que tout le monde change pour commencer à expérimenter autrement.
À LIRE AUSSI
Pour retrouver le fil de cette réflexion : développer sa conscience, ça sert à quoi ? Et pour revenir à l'article qui a ouvert cette série : transformations d'entreprise.




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