Quand ce que nous ne voulons pas voir prend le volant
Nous savons vérifier avant de tourner le volant et pour cause.
Mais avons-nous appris à regarder ce qui se joue en nous, hors du champ de notre regard habituel ?
Nous connaissons tous les angles morts au volant. Ces zones que les rétroviseurs ne nous permettent pas de voir et qui peuvent pourtant cacher un véhicule, un cycliste ou un obstacle. Nous savons qu'ils existent, alors nous avons appris à tourner la tête, à vérifier avant de changer de direction, à ne pas nous fier uniquement à ce que nous voyons. Sinon ... 💥🚗
Dans notre vie intérieure, il existe aussi des angles morts.
Ce sont ces parts de nous que nous connaissons peu, que nous avons appris à mettre de côté ou que nous préférons ne pas regarder : Une envie qui ne correspond pas à l'image que nous avons de nous-mêmes, une colère que nous trouvons inadmissible, un besoin de reconnaissance que nous aimerions ne pas avoir, une envie de prendre notre place, de dire non, de penser davantage à nous…
Certaines de ces parts peuvent nous sembler peu flatteuses et nous préférons alors nous en éloigner.
Le problème, c'est que ce que nous ne voulons pas voir ne disparaît pas pour autant.
Une part de nous peut rester dans l'ombre tout en continuant à influencer notre manière de penser, de réagir ou d'entrer en relation. Et parfois, sans vraiment comprendre ce qui nous arrive, nous pouvons nous retrouver à prendre une direction que nous n'avions pas choisie. Comme si, sans nous en rendre compte, quelqu'un avait pris le volant.
I
« Je ne supporte pas les gens qui se comportent comme ça »
C'est sans nul doute l'un des endroits les plus faciles pour commencer à observer nos angles morts.
Nous avons tous des comportements qui nous agacent. Mais il arrive qu'une personne nous mette particulièrement hors de nous : celle qui prend toute la place, celle qui se plaint sans arrêt, celle qui pense d'abord à elle, celle qui veut toujours avoir raison, celle qui dit franchement ce qu'elle pense, celle qui ne fait aucun effort pour arranger les choses…
Et parfois, notre réaction dépasse largement ce qui vient de se passer.
Cela ne veut évidemment pas dire que nous sommes comme cette personne. Elle peut réellement être autoritaire, égoïste, impatiente ou envahissante. Regarder ce que son comportement provoque en nous ne revient pas à nier ce que nous observons chez elle.
La question est plutôt : pourquoi cela me touche-t-il autant ? Qu'est-ce que cette personne réveille en moi ?
Il arrive que nous soyons particulièrement sensibles chez les autres à ce que nous nous autorisons très peu à être nous-mêmes.
La personne qui ne supporte pas ceux qui prennent leur place a peut-être appris à rester discrète. Celle qui condamne l'égoïsme a peut-être tellement appris à penser aux autres qu'elle ne sait plus très bien ce qu'elle-même désire. Celle qui ne supporte pas la colère a peut-être passé sa vie à contenir la sienne.
L'autre devient alors, sans le savoir, un terrain d'observation.
Non pas pour conclure : « finalement, je suis exactement comme lui », mais pour se demander : qu'est-ce que cette situation vient toucher chez moi ?

II
« Pourquoi est-ce que je tombe toujours sur des personnes comme ça ? »
L'angle mort devient encore plus intéressant lorsque le scénario se répète.
« Je tombe toujours sur des personnes qui profitent de ma gentillesse. »
« Je rencontre toujours des personnes qui prennent le dessus. »
« Au travail, je finis toujours par me retrouver avec quelqu'un qui me marche dessus. »
« Dans mes relations, c'est toujours moi qui donne et l'autre qui prend. »
Lorsqu'un même scénario semble revenir encore et encore, il peut être tentant de conclure que nous avons simplement « la malchance » de rencontrer toujours le même type de personnes. Peut-être.
Mais nous pouvons aussi profiter de cette répétition pour regarder notre propre manière de participer à la situation.
Qu'est-ce que j'accepte pendant longtemps ? À quel moment est-ce que je dis oui alors que je pense non ?
Qu'est-ce que je n'ose pas demander ? Qu'est-ce que je laisse passer pour éviter une tension ? Quelle place est-ce que je prends réellement dans la relation ?
Il ne s'agit pas de chercher un coupable, encore moins de rendre responsable celui ou celle qui subit une relation difficile.
Il s'agit de retrouver des marges de manœuvre.
Car si certaines parts de nous restent dans l'ombre, nous pouvons reproduire des fonctionnements qui nous conduisent toujours vers des situations dont nous ne voulons pourtant plus.
III
Quand la « gentille » finit par prendre le volant
Il existe un autre scénario qui me semble particulièrement intéressant.
Celui de la personne qui se définit comme gentille.

Elle est compréhensive, rend service, fait attention aux autres, évite les conflits, prend sur elle. Elle sait écouter, s'adapter, faire des concessions. Elle a peut-être construit une partie de son identité autour de cette capacité à être là pour les autres.
Ce sont de belles qualités.
Mais que se passe-t-il lorsque certaines autres parts d'elle n'ont plus vraiment le droit d'exister ?
L'impatience ? L'égoïsme ? La colère ? L'envie de dire non ? Le besoin de passer en premier ? Le désir de ne pas être disponible ? Le besoin d'être reconnue ?
Si ces parts sont systématiquement repoussées parce qu'elles ne correspondent pas à l'image de la « gentille », elles ne disparaissent pas pour autant.
Elles peuvent simplement attendre leur heure...
Et parfois, la personne qui a toujours dit oui finit par dire non à tout le monde.
Celle qui a toujours évité les conflits explose.
Celle qui a toujours pris sur elle devient soudain très dure.
Celle qui a toujours voulu être compréhensive se met à reprocher aux autres tout ce qu'elle a fait pour eux.
Elle peut alors se retrouver dans une situation qu'elle ne voulait surtout pas créer.
Une rupture brutale. Une colère qui déborde. Une relation qui se détériore. Une décision prise sous le coup de l'exaspération.
C'est là que cette idée me paraît particulièrement intéressante :
Ce que nous ne nous autorisons jamais à être peut finir par prendre les commandes à notre place.
Et nous conduire précisément vers des endroits où nous ne voulions pas aller.

IV
L'ombre n'est pas le problème, en être inconscient peut le devenir.
C'est peut-être là que la métaphore de la voiture trouve toute sa place.
Une voiture peut sortir de sa trajectoire pour de nombreuses raisons. Parce que le conducteur n'était pas suffisamment attentif. Parce qu'un autre véhicule l'a percutée. Parce qu'un problème mécanique n'avait pas été repéré. Parce que les conditions extérieures ont changé. Dans notre vie, c'est pareil.
Nous ne sommes pas responsables de tout ce qui nous arrive. Mais nous pouvons apprendre à regarder ce qui se passe en nous lorsque cela arrive.
Une réaction très forte. Une colère qui revient. Une relation qui se répète. Une personne qui nous insupporte systématiquement. Une difficulté à dire non suivie de reproches envers ceux auxquels nous avons dit oui. Une accumulation qui finit toujours par exploser.
Tous ces phénomènes peuvent devenir des occasions d'observation.
Et c'est précisément ce que peut permettre un travail autour de nos parts d'ombre : non pas chercher à supprimer les parties de nous que nous n'aimons pas, ni se convaincre que tout ce que nous ressentons est légitime, mais apprendre à les reconnaître et à comprendre ce qu'elles cherchent à exprimer.
Parce qu'une colère reconnue peut nous renseigner sur une limite.
Une envie d'égoïsme peut parfois nous rappeler que nous avons aussi le droit de penser à nous.
Une impatience peut nous signaler que nous avons dépassé nos propres limites.
Une envie de prendre le dessus peut nous interroger sur la place que nous nous accordons.
Regarder ces parts ne signifie pas leur donner les commandes.
C'est même plutôt l'inverse.
Plus nous sommes capables de voir ce qui se passe en nous, moins nous avons besoin que ces parts trouvent des chemins détournés pour se faire entendre.
Et peut-être qu'au fond, prendre conscience de nos parts d'ombre ressemble un peu à cette vérification que nous faisons avant de changer de voie : regarder ce qui se trouve dans notre angle mort avant de tourner le volant.
Nous ne contrôlons pas tout ce qui se passe sur la route.
Mais nous pouvons apprendre à mieux connaître le véhicule avec lequel nous avançons.
V
Regarder vos angles morts peut éviter bien des déboires
Une relation qui vous fait régulièrement réagir de la même manière, une situation qui se répète, une émotion qui revient souvent ou un comportement chez les autres qui vous agace particulièrement peuvent être de simples circonstances de la vie.
Ils peuvent aussi devenir des terrains d'observation de soi.
En séance, je vous propose justement d'explorer ce qui se joue derrière ces situations, sans chercher à vous coller une étiquette.

Une séance exploratoire ( 50€) peut être l'occasion de regarder ensemble ce qui se passe, ce que cela vient toucher chez vous et ce que vous pourriez avoir envie de faire évoluer.
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