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L’autre comme terrain d’observation de soi

Photo du rédacteur: Maryline Bazin
Maryline Bazin
15 oct.
8 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 6 heures















La personne que je rencontre et ce que sa présence provoque en moi constitue

deux dimensions différentes d'une même expérience.


Il y a une chose que j’ai remarquée au fil de mes accompagnements.


Lorsque j’écoute une personne parler de ce qu’elle traverse, je suis entièrement plongée dans son histoire. Je cherche à comprendre comment elle fonctionne, ce qu’elle ressent, ce qu’elle pense, ce qu’elle fait de cette situation et ce qui, peut-être, lui échappe encore.


C’est mon rôle d’accompagnante.


Mais il arrive aussi qu’une phrase, une situation, une réaction de la personne fasse résonner quelque chose en moi.


Pas forcément parce que je vis exactement la même chose. Parfois, c’est même dans un contexte complètement différent.


Et pourtant, quelque chose se passe.

Je peux me dire :« Tiens, je connais ça. » , « Je n’avais jamais regardé cette question sous cet angle. » Ou encore « Et moi, dans quelles situations est-ce que je fonctionne de cette manière ? »

La séance reste bien évidemment le temps de la personne que j’accompagne. Ce qui se passe en moi m’appartient et devient éventuellement un sujet pour moi, ailleurs et autrement.


Mais ces expériences m’amènent à regarder les relations humaines différemment.


Et si l’autre pouvait aussi être un terrain d’observation de soi ?


I

Nous ne rencontrons jamais seulement l’autre


Lorsque nous rencontrons quelqu’un, nous avons l’impression que nous découvrons simplement « comment est cette personne ». Nous la trouvons intéressante, agaçante, envahissante, drôle, prétentieuse, généreuse ou froide. Nous posons rapidement des mots sur ce que nous percevons d’elle, comme si cette perception décrivait directement sa réalité.


Peut-être est-ce effectivement une part de ce qui se passe. Mais il y a aussi ce qui se joue de notre côté.


Nous n’arrivons jamais dans une relation sans notre propre histoire, nos expériences, nos croyances, nos besoins, nos attentes, nos limites, nos habitudes et notre état du moment. Nous avons chacun notre manière de regarder le monde, de sélectionner certaines informations et de leur donner du sens.


En PNL (programmation neuro-linguistique), on dit " la carte n’est pas le territoire ". Nous pouvons avoir une représentation de la réalité, mais cette représentation n’est pas la réalité elle-même.


Il en va de même dans nos relations. La personne que je rencontre existe avec son histoire, son fonctionnement et ses caractéristiques propres. Mais l’expérience que je fais de cette personne dépend aussi de ce que sa présence vient rencontrer en moi.

La personne que je rencontre et ce que sa présence provoque en moi constituent deux dimensions différentes d’une même expérience, quand bien même l'autre est un proche.

Et cette expérience peut m’apprendre quelque chose sur moi.


Salon cosy avec fauteuil cuir et fauteuil beige, table basse, plantes; citation: Une rencontre contient toujours deux histoires.

II

Quand quelque chose se passe en moi


Toutes les rencontres ne provoquent pas une réaction particulière. Je peux discuter avec quelqu’un, passer un bon moment et repartir sans avoir spécialement envie d’y réfléchir davantage. Il n’est pas nécessaire de chercher une signification cachée derrière chaque interaction. Certaines rencontres sont simplement agréables, ordinaires ou sans importance particulière, et c’est très bien ainsi.


Mais parfois, quelque chose accroche. Une personne m’agace, une autre me fascine, une conversation me rend triste ou quelqu’un me met en colère. Je peux me sentir particulièrement joyeuse en présence d’une personne, m’ennuyer profondément, avoir envie de partir ou, au contraire, ne pas vouloir que la rencontre s’arrête.


Dans ces moments-là, il peut être intéressant de ne pas passer immédiatement au jugement ou à l’interprétation. Avant de conclure que l’autre est insupportable, exceptionnel, trop envahissant ou parfaitement fait pour moi, je peux simplement remarquer :


« Quelque chose se passe en moi. »


C’est déjà une information. Elle ne dit pas nécessairement toute la vérité sur l’autre, mais elle me renseigne sur la manière dont je vis cette rencontre.



III

Prenons l’ennui


Deux personnes discutent à table face à la mer, un verre d’eau au centre, ambiance calme.

Imaginons que je sois avec quelqu’un et que je m’ennuie. Ma première réaction pourrait être : « Cette personne est ennuyeuse. » C’est peut-être vrai. Nous n’avons peut-être pas les mêmes centres d’intérêt, son rythme ne me convient pas ou cette conversation ne m’apporte tout simplement rien.


Mais je peux aussi prendre quelques secondes pour observer ce qui se passe en moi. Est-ce que mon corps se relâche ou se tend ? Est-ce que je décroche progressivement ? Est-ce que je cherche déjà une excuse pour partir ? Est-ce que je me force à montrer de l’intérêt ? Est-ce que je culpabilise de m’ennuyer ? Est-ce que je reste alors que je n’en ai plus envie parce que je pense que je dois rester ?


Ces questions ne servent pas forcément à trouver immédiatement l’origine de mon ennui. Elles peuvent simplement m’aider à être davantage présente à ce que je ressens et à la manière dont je réagis.


Je peux alors me demander : qu’est-ce que j’ai envie de faire maintenant ?


Peut-être partir, changer de sujet, dire que cette conversation ne m’intéresse pas, rester encore un peu ou simplement accepter que ce moment ne soit pas particulièrement stimulant. L’important n’est pas de trouver la réponse parfaite, mais de ne plus subir complètement la situation ni agir automatiquement.


Je commence par ressentir cet ennui, je l'observe, puis décider ce que j’en fais de manière consciente.


IV

L’émotion n’est pas forcément une vérité sur l’autre


C’est peut-être là que cette manière d’observer les relations devient intéressante. Si quelqu’un m’agace, mon agacement ne prouve pas que cette personne est insupportable. Mais il ne prouve pas non plus que j’ai « un problème avec elle » ou que tout viendrait nécessairement de moi.


Il indique simplement qu’une réaction se produit en moi dans cette rencontre, et que cette réaction mérite mon attention.


Quelqu’un peut réellement dépasser mes limites et cela peut réveiller chez moi une difficulté à poser ces limites. Une personne peut être très directive et me permettre d’observer à quel point j’ai du mal à lui dire non. Une situation peut être injuste et ma colère peut m’apprendre quelque chose sur ce que je suis prête ou non à accepter.


Les deux peuvent être vrais.


Observer ce qui se passe en soi ne signifie donc pas nier la réalité de l’autre, minimiser un comportement problématique ou se rendre responsable de tout ce qui se joue dans la relation. Il s’agit plutôt d’ajouter une deuxième question à celle que nous nous posons habituellement.

Nous pouvons nous demander :

« Qu’est-ce qui se passe ici avec cette personne ? »

Mais aussi :

« Qu’est-ce qui se passe en moi dans cette rencontre ? »

Cette deuxième question ne remplace pas la première. Elle permet simplement de ne pas oublier que nous sommes nous aussi présents dans la relation, avec notre histoire, nos besoins et nos limites.


Femme en pull gris face à la mer au coucher du soleil, reflet dans la vitre; texte: J’en fais éventuellement quelque chose.

V

Ce qui m’intéresse particulièrement dans mes accompagnements


C’est aussi ce que j’observe dans mon propre métier. Une personne peut venir me parler de son travail et me faire réfléchir à quelque chose qui concerne ma vie personnelle. Une autre peut parler de ses limites et m’amener à regarder les miennes dans un tout autre contexte. Une autre encore peut raconter sa manière de chercher à être reconnue et me permettre de voir une mécanique que je connaissais déjà chez moi, mais que je n’avais jamais observée sous cet angle.

Ce n’est pas la personne qui est responsable de ce que cela vient réveiller chez moi. Elle raconte son histoire, dans son contexte et avec son expérience. J’en fais éventuellement quelque chose dans mon propre territoire.

C’est peut-être justement parce que je suis particulièrement attentive aux fonctionnements humains dans mon travail que certaines choses deviennent plus visibles pour moi. Mais je ne cherche pas pour autant à tirer une leçon personnelle de chaque personne que j’accompagne. Ce serait épuisant, probablement artificiel, et cela risquerait de détourner mon attention de ce qu’elle est venue travailler.

En revanche, lorsque quelque chose reste avec moi après une rencontre, je peux choisir de l’écouter. Je peux me demander pourquoi cette phrase me revient, ce qui m’a touchée exactement, si je connais cette dynamique ailleurs dans ma vie ou si je fais quelque chose de comparable dans un autre contexte.

Parfois, une nouvelle pièce du puzzle apparaît. Je comprends mieux une réaction, une habitude ou une manière de fonctionner. Et parfois, rien de particulier ne se dégage. La rencontre reste simplement ce qu’elle était, sans avoir besoin de devenir une leçon.


Un petit exercice à essayer


  1. La prochaine fois qu’une personne provoque chez vous une réaction particulièrement forte, vous pouvez essayer de ne pas chercher immédiatement à comprendre.

  2. Prenez simplement quelques instants pour reconnaitre ce qui est là : « Je suis agacée », « je suis triste », « je m’ennuie » ou « je suis fascinée ».

  3. Puis revenez à votre corps. Que ressentez-vous physiquement ? Une tension, une agitation, une envie de vous retirer, une ouverture, une accélération ? Ces sensations peuvent vous aider à repérer ce qui se passe avant même que votre mental ne construise une explication.

  4. Vous pouvez ensuite observer votre mouvement. Cette émotion vous donne-t-elle envie de plaire, de fuir, d’attaquer, de vous taire, de vous justifier ou de vous rapprocher ? Là encore, il ne s’agit pas de juger ce mouvement, mais de le reconnaître.


Vous n’avez pas besoin de savoir immédiatement ce que cela signifie. Vous pouvez simplement vous demander : maintenant que je sais ce qui se passe en moi, qu’est-ce que j’ai envie de faire ?


Et si la rencontre continue à vous travailler, vous pourrez toujours y revenir plus tard, avec davantage de recul. Peut-être découvrirez-vous alors que ce qui vous a agacé chez cette personne existe aussi chez vous, mais dans un autre contexte.


Peut-être comprendrez-vous que ce qui vous a fasciné correspond à une qualité que vous aimeriez davantage laisser prendre sa place dans votre vie.


Peut-être constaterez-vous simplement que cette personne ne vous convient pas ou que cette relation demande une limite plus claire.


L’observation ne conduit pas toujours à une révélation. Parfois, elle conduit simplement à un choix plus conscient.



VII

Chaque rencontre ne demande pas une explication


Nous pouvons facilement transformer l’observation de soi en une nouvelle machine à analyser. Dès qu’une émotion apparaît, nous cherchons son origine, la blessure qu’elle révélerait, le besoin qui se cacherait derrière ou le lien qu’elle aurait avec notre enfance.


Et nous voilà repartis dans notre tête, alors que nous essayions simplement de mieux nous connaitre.


Observer peut être beaucoup plus simple. Je ressens de l’agacement. Je le sens dans mon corps. Je constate que j’ai envie de partir. Je regarde la situation et je vérifie éventuellement si une limite est en train d’être franchie. Puis je décide.


Il n’est pas toujours nécessaire de trouver l’origine profonde de ce que nous ressentons pour pouvoir en tenir compte. Parfois, être présente à ce qui se passe suffit. Je peux reconnaître mon émotion sans lui demander de tout m’expliquer, et je peux prendre une décision sans avoir résolu toute mon histoire.



VIII

L'écologie de soi ou comment prendre soin de soi


C’est ce que j’entends par Écologie de soi : apprendre à mieux connaître son propre fonctionnement, pas seulement en se regardant soi-même dans un face-à-face permanent, mais aussi en observant ce que la vie et les autres font émerger en nous.


L’alimentation (cf. Quand manger devient un terrain d’observation de soi ) peut devenir un terrain d’observation de soi. Le travail peut en être un autre, tout comme nos choix, notre rapport au temps, nos limites ou notre corps. Nos relations constituent également un terrain particulièrement riche, parce qu’elles font apparaître des parties de nous qui restent parfois invisibles lorsque nous sommes seuls.


Il s’agit d’être suffisamment présent à ce qui se passe pour pouvoir choisir ce que j’en fais.


C’est peut-être là que commence une forme d’écologie de soi dans la relation.

Et cette observation peut devenir particulièrement précieuse lorsque la relation est tendue, confuse ou difficile à comprendre. Lorsque les mêmes conflits se répètent, que certaines réactions nous échappent, que nous ne savons plus comment communiquer ou que nous nous interrogeons sur la place d’une personne dans notre vie, il peut être utile de prendre un temps pour regarder ce qui se joue avec davantage de recul.


Une accompagnement en coaching peut vous permettre de déposer ce que vous vivez, de clarifier la situation et d’observer votre propre fonctionnement dans cette relation, sans chercher à désigner immédiatement un responsable. Il peut s’agir d’apaiser une relation tendue, de mieux comprendre vos réactions, de poser des limites plus ajustées ou simplement de vous découvrir autrement à travers ce que l’autre vient révéler de vous.


Si vous rencontrez des difficultés relationnelles ou si vous vous questionnez sur une relation particulière, vous pouvez réserver une séance exploratoire. Nous prendrons le temps d’examiner ensemble ce qui se passe, ce que cette relation mobilise pour vous et ce que vous souhaitez en faire, afin de retrouver davantage de clarté, d’apaisement et de liberté dans votre manière d’être en lien.


cabinet de coaching


PRENDRE SOIN DE SON

Écologie intérieure


Et si vous preniez un temps pour écouter ce qui se passe en vous ?





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